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Le grand déni de la souffrance au travail.

Edito Michel Lemaire, Élu FO Matmut et Trésorier du CSE

Pendant que les indices boursiers s’affolent et que les dividendes atteignent des sommets, une réalité silencieuse ronge les entreprises françaises : la destruction psychique des salariés. Mais ne vous y trompez pas, si l’on parle aujourd’hui de « bien-être », de « bonheur au travail » ou de « risques psychosociaux », ces termes ne sont que le vernis d’une machine de guerre idéologique destinée à masquer une réalité bien plus brutale : l’exploitation et la domination.

La psychologie comme outil de gestion.

Nous assistons à une psychologisation systématique des rapports sociaux. Là où, hier, la souffrance était perçue comme le résultat d’un rapport de force collectif et politique, elle est aujourd’hui renvoyée à la seule responsabilité de l’individu.

A la Matmut, la direction utilise le sens du service du conseiller (le “devoir de conseil”) pour le pousser à la performance pure. Le conflit social devient une simple question de « savoir-être ». L’entreprise demande aux salariés de la “proximité client” tout en chronométrant chaque interaction, créant un décalage violent entre l’éthique professionnelle du salarié et les objectifs chiffrés.

L’art d’isoler pour régner.

Le cœur du drame réside dans l’atomisation des salariés. Par l’individualisation des objectifs et les entretiens d’évaluation permanents, le patronat a réussi à briser les collectifs informels qui servaient autrefois de bouclier.

Au sein de la Matmut, les conseillers en assurance, les gestionnaires sinistres ont vu les outils changés. Un gestionnaire chevronné peut se retrouver déstabilisé du jour au lendemain par une nouvelle procédure automatisée qui l’empêche d’exercer son propre jugement métier, au nom d’un “process” empêchant le travail.

Le business de la peine.

Enfin, comment ne pas s’indigner de ce « marché de la souffrance » qui fleurit sur les décombres de la santé mentale au travail ? Cabinets d’experts, consultants en risques psychosociaux, formations à la communication « bienveillante »… Tout un écosystème vit désormais de cette pathologie qu’il ne cherche pas à guérir à la racine, mais simplement à manager.

Le diagnostic est clair : le burn-out n’est pas une fragilité personnelle, c’est l’effondrement d’un individu face à un système qui exige de lui qu’il soit une « personne d’exception » tout en lui niant les moyens de bien faire son métier.

Repolitiser le travail : par où commencer ?

Il est temps de cesser de traiter la souffrance sous l’angle psychiatrique. La première étape pour briser cette “amnésie organisée” est de recommencer à parler du travail réel entre collègues.

Reprenons le droit de discuter de justice, de rapports de force et, surtout, de notre droit fondamental à exercer un travail qui a du sens, sans y laisser notre vie ou notre raison.